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Couronnement sans faste

 
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Auteur Message
GABRIEL01



Inscrit le: Nov 22, 2007
Messages: 97

MessagePosté le: Lun Avr 19, 2010 5:39 pm    Sujet du message: Couronnement sans faste Répondre en citant

Couronnement sans faste


Rose, c'est Paris
Bettina Rheims et Serge Bramly
Bibliothéque Nationale de France- site Richelieu, jusqu'au 11 juillet 2010

« Les progrés mal appliqués de la photographie ont beaucoup contribué, comme d'ailleurs tous les progrés purement matériels, a  l'appauvrissement du génie artistique déjà  si rare». Ainsi donc, Baudelaire craignait en 1859 ( !), cette nouvelle invention dépourvue d'âme qu'était la photographie. « Progrés mal appliqués ». Ce n'est donc pas la photographie que Baudelaire craignait, mais sa mauvaise utilisation. Mauvaise comment - allez vous demander. Utilisation strictement matérielle, sans mise à  contribution du génie artistique. En clair, le remplacement du génie humain par l'une des machines qu'il a créé. Or ce remplacement ne se fait pas tout seul. Une machine ne vous empéche pas de penser, pas plus qu'elle ne vous empêche d'exprimer votre génie artistique ou autre. Le danger vient de l'utilisation que l'on en fait, non pas comme outil au service du génie, mais comme substitut de celui-ci. Par extension, Baudelaire semblait craindre que toute personne possédant un appareil photographique puisse un jour se considérer un génie artistique. Et que les rares individus possédant un réel génie artistique puissent le laisser s'atrophier au contact de cette machine à  reproduire des images. Ses craintes ses sont révélées en partie justifiées. Pas toujours pour le pire. La photographie a fait sortir du champ d'intérêt artistique la peinture réaliste, l'a obligée à évoluer vers un « nouveau réalisme». Bref, il a fallu trouver autre chose que l'image réelle, ce qui ne fut pas un mal. Par contre, la confusion entre prouesse technique et qualité artistique s'est bel et bien installée, causant des dommages que l'art contemporain peine encore à cicatriser.
Au hasard : la nouvelle exposition de Bettina Rheims. Couronnement sans faste. L'appareil est sublime. Je parle de l'appareil photographique, évidemment. La technique d'utilisation l'est aussi. Royale. Une maîtrise d'orfèvre. Combien de noms d'orfèvres pourriez-vous décliner, comme ça, de tête ? Un peu moins que de noms d'artistes, je parie. En l'occurrence, la maîtrise technique est intérieure (et intégrée) alors que le génie créateur est (et reste) extérieur. Dans « I.N.R.I. » par exemple, les racines judéo-chrétiennes de l'artiste (et de certains visiteurs) permettaient d'envisager un esprit ou même un génie sous-jacent. Dans « Rose, c'est Paris », la ville lumière ne donne pas le même éclairage. Elle laisse voir une femme stérile, dominatrice, aux fantasmes refoulés. Si seulement les scènes sado-maso avaient un peu de véracité, si seulement on pouvait supposer un vécu, un accomplissement ou au moins un rève assumé. Rien. Restent quelques belles réussites. La « Joconde du métro » est une photographie sublime. Froide, mais sublime. Inquiétante aussi, et ça fait la différence. Je n'approcherais pas plus la femme du Louvre que celle du métro. Pas tant qu'elles jouent ce rôle, tout du moins. Mais ce qui est inquiétant (et intéressant) dans cette image, c'est le modèle. Pour une fois, un modèe valable, vivant, ayant déjà  utilisé sa sensualité à  des fins non artistiques. Tout comme le personnage du deuxième plan de « Poulet frites ». Un coup de coeur : « Madame Jacquot ». Une femme qui a tout et qui donne tout à  Bettina Rheims : sa classe, son regard, son histoire!
Alors ? A voir ou non ? Oui. Grande photographe ? Oui, sans doute. Grande artiste ? L'avenir le dira! Dans une brocante et à titre personnel, j'achèterais n'importe laquelle de ces photos. Dans une galerie, quelques unes. Pour une collection d'art ? Peut être comme document. Rester dans l'histoire de l'art, c'est une autre histoire...
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